Les pensées

Atha yoganusasanam

Yogascitta vritti nirodhah

Tada drastuh svarupe vasthanam

1.1- 1.3 Yoga sutra de Patanjali

« Maintenant voici l’enseignement du yoga

Le yoga consiste à maitriser les activités du mental

Alors apparait la véritable nature de l’âme incarnée. »

« Le Penseur »  de Rodin

Subtiles, insaisissables, immatérielles, les pensées ont pourtant des conséquences bien concrètes dans notre réalité. La science observe les pensées des autres, la méditation permet d’observer ses propres pensées. D’où viennent-elles ? Peut-on les observer objectivement ? Peut-on les choisir?

Qu’est-ce que la pensée ?

C’est une activité consciente de l’esprit permettant d’élaborer des concepts, d’acquérir des connaissances, de créer et agir. Le terme penser vient du latin pensare : peser, juger.

Les pensées sont un lien essentiel entre l’esprit et la matière, réel et virtuel, entre soi et l’autre… Elles définissent le temps : passé, présent et futur, l’espace : ici et ailleurs, et ce que nous sommes (Descartes : « Je pense donc je suis. ») ou croyons être. Les pensées peuvent être structurées ou imagées, utiles ou non, inspirantes ou toxiques. Elles sont toujours présentes.

Pensées et croyances

Positives ou négatives, elles véhiculent nos croyances, nos attentes, nos désirs, nos attachements et nos peurs… Ainsi les pensées affectent notre attitude, nos relations avec soi et avec les autres.

Des études scientifiques ont montré que nos pensées peuvent concrètement influencer notre corps (changer la chimie et les circuits du cerveau) par l’effet placebo : améliorer notre vision, renforcer nos muscles, supprimer des réactions allergiques, la fatigue, l’anxiété, augmenter des taux d’hormones… L’effet nocebo correspond aux effets négatifs de la pensée.

Ces effets sont probablement des manifestations de notre adaptation à notre environnement qui nous a permis de survivre dans l’évolution humaine, en nous préparant au futur.

Les pensées selon la science

Pour les scientifiques, les pensées (comme les émotions et sensations) sont des processus neuronaux physiques et/ou chimiques qui sont créés dans les structures de notre cerveau. Ainsi, selon la théorie (parfois controversée) de Henry Stapp, nos pensées seraient déterminées par les neurotransmetteurs relâchés au niveau des synapses où des effets quantiques seraient très probables. Cette théorie permettrait d’expliquer deux aspects fondamentaux de l’esprit humain : la capacité d’adaptation et le libre arbitre.

Les pensées selon la psychologie

Depuis plus de 30 ans, des psychologues montrent que nos pensées, hésitations, réflexions, jugements, rêves, prises de décision…n’obéissent pas à la logique, ni même aux règles de probabilité, mais plutôt à des règles plus étranges : les lois quantiques. Des jugements biaisés apparaissent car on accorde plus d’importance aux faibles probabilités, on préfère les événements plus proches, on sous-estime ce qu’on ignore. La manière dont les neurones traitent l’information pour former des raisonnements correspond à des principes quantiques. Par exemple au restaurant, le serveur vous demande ce que vous voulez, mais vous êtes complètement attiré(e) par le gâteau au chocolat et aussi complètement tenté(e) par la tarte aux fruits ou la charlotte aux fraises… Tout est possible ! Mais il faudra prendre une décision. Nos pensées peuvent interférer, se superposer, s’unifier… Les réponses sont créées par le contexte.

La méditation

C’est la technique idéale pour observer ses pensées et ainsi réaliser qu’elles sont impermanentes, subjectives et non réelles. Un principe de base est de se concentrer (sans effort !) sur sa respiration et d’observer (sans s’y attacher, sans juger, sans réprimer) les pensées qui apparaissent. On peut imaginer que les pensées sont comme des nuages qui passent dans le ciel, des voitures qui passent sur un pont, ou bien des objets qui font partie de l’environnement.

Le vagabondage est un cadeau précieux pour comprendre la manière dont fonctionne notre esprit. La pleine conscience permet de prendre du recul en développant une conscience plus fine de ce qu’on est. Laisser le corps respirer, écouter, ressentir. Observer les pensées avec curiosité et bienveillance mais aussi prudence et distance !

Neutralité, équanimité

Les pensées sont utiles, elles permettent de fonctionner dans la vie quotidienne, de s’organiser, de répondre à nos besoins de base. Et elles mènent aussi à la spiritualité (qui suis-je, quel est le sens de ma vie…) Mais elles peuvent aussi causer de la souffrance (regrets, honte, culpabilité). Elles peuvent véhiculer des émotions. Ce n’est pas l’émotion qui est nuisible, ni la pensée qui l’accompagne, mais plutôt l’attachement à cette pensée ou au résultat, ou au contraire son rejet.

On a le pouvoir de leur donner moins d’importance en développant l’équanimité, en les observant sans jugement, en les acceptant sans les retenir, en les laissant nous traverser sans laisser de trace.

La méditation selon la neuroscience

De nombreuses études scientifiques ont montré que la pratique régulière de la méditation permet un certain contrôle sur les capacités humaines. En effet, des modifications durables ont été observées dans certaines zones du cerveau dont l’amygdale (stress, peur, aversion, anxiété), l’hippocampe (mémoire, conscience de soi, compassion, introspection), le cortex cingulaire (créativité, cogitation et introspection), le carrefour temporo-pariétal (empathie), le cortex préfrontal (fonctions cognitives). La synchronisation entre différentes zones du cerveau et l’organisation du réseau cérébral par défaut favorisent l’attention et une réflexion plus objective.

Les limites de la pensée

Peut-on comprendre notre pensée ? Est-ce que notre conscience limite de notre pensée? Peut-être qu’il n’est finalement pas nécessaire de comprendre…ni même de penser. Mais est-ce réaliste pour notre nature humaine ? Les pensées sont nécessairement limitées par ce qui est connu, par nos croyances.

Pour conclure, si je pouvais lire dans vos pensées…

Peut-être pensez-vous «  à quoi ça sert de penser quantique ? »  Et bien cela permet au cerveau de traiter facilement une immense quantité d’informations, et cela donne la possibilité de CHOISIR à chaque instant en dehors de tout schéma pré-établi, cela pourrait expliquer l’intuition, la télépathie…

Nous sommes des penseurs qui pensent nos pensées. Tout est Un.

Trop de pensées ? Arrêter de penser ou penser judicieusement? Je vous laisse sur cette pensée inspirante !

« L’homme est créé par la pensée. Ce qu’une personne pense, elle le devient. Pensez que vous êtes fort, vous deviendrez fort. Un homme forme son caractère en devenant ce à quoi il pense. Si vous méditez sur le courage, vous développerez un caractère courageux. De même avec la pureté, la patience, le désintéressement et le contrôle de soi. Vous pouvez construire votre caractère aussi sûrement qu’un maçon peut construire un mur, en travaillant avec et par cette loi. »  Swami Sivananda

Publié dans la Revue Virtuelle de la Fédération Francophone de Yoga n 16

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