Sources de la posture d’aplomb

De l’enseignement (et douleurs physiques)

Après avoir intensément étudié le yoga avec B. K. S Iyengar à Pune (Inde), Noëlle Perez a ouvert sa propre école qui est devenue l’Institut B. K. S. Iyengar de Paris en 1959. Elle continue à suivre rigoureusement ses enseignements, et pratique 3/4 h par jour la posture sur la tête (sirsasana), tout son corps étant bien « étiré vers le haut », selon les consignes du maitre. Mais de fortes douleurs au cou et au visage apparaissent, et elle se questionne alors sur sa façon de pratiquer et d’enseigner cette posture.

Lors de deux visites de B. K. S. Iyengar à Paris en 1971 et 1972, il lui fait remarquer que ses étudiants pratiquant la posture sur les épaules (sarvangasana) ont le cou trop tendu (ce qui va créer des problèmes de thyroïde) et qu’ils ont une posture courbe, en arc de cercle, dangereuse. Il lui explique que ses élèves ne sont pas « sur l’axe » et qu’il faut « adapter le yoga aux conditions et à l’environnement ». Indiens et Occidentaux n’ont pas la même souplesse. En 1972, lors d’un cours de pranayama, il confirme la nécessité d’utiliser des supports pour bien s’assoir, dans l’aisance, avec un dos érigé, le bassin en antéversion, sans tensions.

Puis en 1976, il donne un cours magistral sur la position debout (tadasana). Il critique les postures de professeurs de yoga présents dont l’un se tient tout voûté, tout fermé, l’autre au contraire la cage thoracique relevée très haut et le dos contracté et court. Et au grand étonnement de Noëlle, il admire la posture du chauffeur de taxi venu les accompagner, un paysan planté tout droit sur ses pieds, sans effort, détendu.

À l’observation et la recherche de l’axe essentiel

Noëlle se met à chercher où trouver des personnes qui seraient « sur l’axe ». Elle regarde des albums de photos du début du XXème siècle. Et elle part explorer les postures des populations en Afrique et au Portugal. Elle apprendra alors que personne ne porte jamais l’équivalent de son poids sur la tête.

Au port de Setùbal, près de Lisbonne, elle découvre, admirative, des hommes qui portent de lourds plateaux de poissons sur la tête, d’une manière à la fois ancrée, légère et harmonieuse. Elle épouse même le plus beau, Miguel, ce qui lui permet d’observer sa posture naturelle dans toutes ses activités quotidiennes, et ainsi de mieux comprendre ce qu’Iyengar voulait lui transmettre.

En visite au Musée de l’Homme à Paris, Noëlle découvre que du fait de la marche bipède, le pied des hominidés se spécialise et le calcaneum (talon) supporte désormais tout le poids du corps. Elle l’expérimente immédiatement en portant son poids au talon, en creusant les aines et en reculant le bassin: elle sent toutes les tensions de son dos s’évanouir!

Selon le professeur d’anatomie Dr Sakka, le passage entre la quadrupédie et la bipédie est caractérisé par la cambrure au niveau du sacrum et des dernières lombaires, ce qu’elle a clairement observé sur les nombreuses photos et radios rapportées de ses voyages.

Un autre indice est la remarque d’Iyengar, lors de la visite d’une exposition sur Ramsès: « ça » descend vers les pieds, contrairement à la statue de Natarâja du Musée Guimet où « ça » monte! L’extension est la clé, elle permet la liberté.

« Une colonne vertébrale alerte et érigée crée une intense concentration spirituelle qui consume entièrement les distractions et les ruminations sur le passé et le futur. Le corps entier, loin d’être ignoré, est absorbé dans cette vivacité spirituelle jusqu’à ce que, tout entier, on devienne une pure flamme. »(1)

« Le plus beau est la découverte qu’en Inde, le fil à plomb est appelé “fil de Brahmā”, le Créateur ! Chaque action, même la plus petite, faite dans l’aplomb, est donc une “puja”  (une offrande, une prière) au Créateur. Il y a là une mystique très profondément spirituelle et en même temps très incarnée dans les moindres détails de la vie de tous les jours. »(2)

(1) Étincelle de divinité, Noëlle Perez-Christiaens

(2) http://www.isaplomb.org/web/fr/yoga/

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