Limites et confinement

Confinement est un terme qui revient quotidiennement, inlassablement en ce temps de pandémie de Covid-19… Étymologiquement, le terme « confinement » vient des mots latins cum: avec et finis: limites. Sans entrer dans la polémique de considérations politiques concernant le bien-fondé et les conséquences de cette mesure, nous pouvons cependant réfléchir de façon neutre à la réalité de ces limites qui nous sont imposées. Quelles sont ces limites?

En psychologie

On considère qu’il y a des limites conscientes définies par des lois, des règles élaborées par des autorités « extérieures » (gouvernementales, familiales, morales, culturelles, religieuses…) Il existe aussi des limites inconscientes: ce sont nos croyances personnelles principalement, nos expériences, nos connaissances, nos habitudes et même notre langue. En effet, le cerveau perçoit très difficilement ce qu’il ne peut pas concevoir et ce qu’il ne peut pas désigner par un mot.C’est la constatation du chercheur Jules Davidoff qui a étudié une tribu en Namibie qui n’a pas de mot pour désigner la couleur bleue.De même, les autochtones n’auraient pas vu les bateaux de Christophe Colomb arrivant aux Caraïbes car ils ne concevaient pas l’existence de telles caravelles. Ce serait un chaman, qui ayant observé longuement des vagues anormales sur la mer, aurait été le premier à les apercevoir.

C’est un peu la même expérience lorsqu’on ne trouve pas le pot de moutarde dans le frigo parce que l’étiquette du dernier pot était rouge et que celle du nouveau pot est verte!Notre perception sensorielle dépend de ce qu’on connait, de ce qui est accumulé dans notre mémoire.

Les limites peuvent être physiques (handicap, maladie) ou psychologiques (peurs, phobies). Elles peuvent aussi être utiles et constructives (ex: prévenir en enfant d’un danger) ou bien nuisibles (empêcher l’initiative, l’exploration), ou bien les deux à la fois, dépendamment de l’intention et du contexte! L’essentiel, bien sûr, est de rester spectateur et de ne pas s’identifier aux situations vécues ni à nos réactions.

En science

Les chercheurs ont observé qu’il existe des propriétés très spécifiques à la surface de la matière et que celles-ci jouent un rôle fondamental dans l’interaction avec un autre milieu. Les propriétés de surface présentent donc un très grand intérêt: pour réfléchir la lumière (miroirs), pour l’étanchéité, la réactivité, la durabilité….

Selon le biologiste Bruce Lipton, la membrane cellulaire (qui entoure chaque cellule) est le siège des fonctions physiologiques essentielles (digestion, respiration, élimination…); elle est réellement le cerveau de chaque cellule, malgré sa très faible épaisseur. Les limites peuvent donc être des aspects très intéressants à étudier.

Selon la physique quantique

Dépendamment des modèles considérés, il n’y a pas de limites. La matière, ou plus spécifiquement les particules ont une probabilité de présence de se trouver à un endroit précis à un moment donné. Il n’est donc pas possible de déterminer exactement le rayon d’un atome (la plus petite partie d’un corps simple). De plus, une propriété quantique, l’effet tunnel, prédit même que des particules peuvent franchir une barrière de potentiel sans avoir l’énergie minimale nécessaire, ainsi la lumière pourrait passer à travers un mur de pierre! Le chercheur Dario Autiero a même observé des particules (neutrinos) qui se déplacent plus vite que la lumière, alors que l’on croyait la vitesse de la lumière une limite absolue.

D’ailleurs, au niveau macroscopique, il n’y aurait pas non plus de limites. Selon la populaire théorie de l’inflation éternelle, l’univers est spatialement infini. Cette théorie étudiée par Stephen Hawking et Max Tegmark, entre autres, prédit l’existence de plusieurs univers (multivers). Quant au temps, c’est un concept mental mathématique. En particulier le temps linéaire et objectif tel que nous le concevons (passé-présent-futur) n’existe pas: des études ont montré que le temps est relatif, le passé dépend du futur etc….(cf article consacré au temps, Revue no13, 2015) Tout dépend de tout!

En Yoga

Une définition du terme Yoga est l’état d’union, de lien universel inconditionnel. Toutes les limites sont transcendées ou dissoutes par le dieu Shiva. Mais ce n’est pas forcément ce que l’on vit dans notre vie quotidienne!

Selon l’image d’Abhinavagupta (Xème siècle), fermons les yeux et observons Nimesa, l’état intérieur de méditation, avant d’ouvrir les yeux Unmesa à l’état de création. Inspirons les yeux fermés l’état de potentialités et expirons les yeux ouverts la manifestation. C’est la respiration de l’univers. C’est l’aube d’un nouveau jour, d’une nouvelle saison, de la création. C’est le mouvement cosmique Spanda. C’est la proposition du passage du confinement au déconfinement.

Ce que j’ai le plus apprécié, lorsque j’ai rencontré le Yoga, c’est la reconnaissance de ce que je pressentais: que j’étais bien autre chose que juste un corps physique gouverné par des émotions. Une avenue est l’exploration de la dualité à travers tout ce que nous sommes, à travers les différents corps: physique, énergétique, mental, émotionnel et spirituel (par l’expérience des polarités, des limites, des mémoires, des croyances etc). Puis la réalisation que tout cela est créé par l’égo qui catégorise tout pour exister: moi et les autres, ici et là-bas, hier, aujourd’hui et demain.

Exercices pratiques:

– Je vous invite, pendant quelques instants, à découvrir et explorer la réalité de vos limites physiques, énergétiques ou psychologiques. Prenez conscience du contact entre la surface inférieure du pied et le sol, entre la peau et le vêtement qui la touche, le contact entre vos lèvres, observez la fin de l’inspiration ou de l’expiration, vos limites de patience, fatigue, etc.

– Imaginez et ressentez en vous la vitalité intérieure, le regard du petit enfant qui n’a pas de limite de temps ni d’espace, il n’est pas séparé de ce qui l’entoure, il est encore connecté à la nature et aux animaux, l’enfant qui n’a pas encore été imprégné par les peurs et les croyances de ses proches…

Et si « je » n’avais pas besoin d’exister, si « je » n’avais pas besoin de réussir, de choisir, d’être autonome, d’être « quelqu’un », si « je » n’avais pas besoin de chercher à se libérer? Car les limites n’ont de sens que pour l’égo.

En fait, il n’y a que la Vie qui se manifeste sans limite!

OM PREMA

Publié dans la Revue Virtuelle de la Fédération Francophone de Yoga n 27

Photo de Anni Roenkae sur Pexels.com

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s